En remontant le fleuve - Page 11

  • Droit international

    Durant le même point d’informations de la Première, aujourd’hui dix heures, on apprend que SOS Méditerranée a recueilli plus de 500 migrants sur leur bateau et réclame un port sûr en Europe pour eux. Ils ont découvert des embarcations vides et ont appris que leurs occupants ont été ramenés en Libye par les garde-côtes de ce pays. Illégalement, selon eux. On se demande bien sur quel droit ils se basent. Le droit des mers oblige tout navire de recueillir des naufragés et de les ramener sur la côte la plus proche. En l’occurrence la Libye… De plus, ce sont des naufragés volontaires qui font du chantage. Les bandits trafiquants les amènent à quelques milles de la côte, leur fournissent le n° d’appel de leurs collègues des ONG et les abandonnent. De cette manière, ils évitent de se faire arrêter pour trafic illégal, de se faire confisquer leurs bateaux. Tous les avantages et tous les bénéfices. Les imbéciles qui subventionnent SOS Méditerranée paieront le reste, c’est-à-dire l’essentiel des coûts…

    Et on apprend, sur la Première dans les secondes qui suivent, qu’une septuagénaire s’est faite méchamment agresser à Neuchâtel par trois jeunes, qui non seulement lui ont volé ses biens mais l’ont battue. Ceux qui ne font aucune corrélation entre ces deux nouvelles sont bien gentils, mais leur angélisme commence à devenir lourd.

    Jamais autant qu’aujourd’hui, le droit international ne s’est révélé pour ce qu’il est : une vaste fumisterie à géométrie variable. Prenons la Crimée. Plus russe, pas possible. C’est la terre d’origine des Rous, devenus Russes pour nous. Envahie par les Tatars, reprise par la suite. La Grande Catherine y a fait construire Sébastopol. En 1954, ce grand maladroit de Khrouchtchev a remis l’administration de cette presqu’île en mains ukrainiennes, du temps où il n’y avait pas de différence entre républiques sœurs et socialistes. L’administration, soulignons-le. Après les magouilles de la CIA et d’autres sur l’Ukraine, Poutine a compris qu’il fallait faire vite avant que les impérialistes US ne s’installent à Sébastopol. Il a occupé militairement la Crimée mais fait un référendum. Contesté par les Occidentaux, mais certainement mille fois plus honnête que le référendum imposé aux Savoyards pour l’annexion par la France de leur pays. Il n’y avait que des bulletins OUI à disposition, et il y avait un soldat français qui vérifiait ce que votait chaque citoyen. Ceux qui votaient autre chose, NON par exemple, ont très mal fini… Cela se passait en 1862. Ce n’est pas si vieux que ça, mais aujourd’hui les Français sont les premiers à critiquer la Russie…

    Qu’ils rendent la Savoie aux Savoyards, la Corse aux Corses, la Nvelle Calédonie aux Calédoniens, Mayotte aux Comores, la Guyane aux Guyanais, etc, etc… D’ailleurs, la France ne s’en porterait que mieux. Et éviterait de se ridiculiser en critiquant sans arrêt la Russie…

  • Camouflet

    "Avec ses jets, la Suisse fait un camouflet à la France"

    C’est le titre en Une de 24 Heures d’aujourd’hui. Tout ce qui est excessif est insignifiant. Ici, c’est l’exception qui confirme la règle : c’est très signifiant… On y lit tout le fond de la pensée qui agite notre presse, entièrement tournée vers une soumission totale et inconditionnelle à l’Empire européen. Qui a exclu la Bourse suisse de ses relations avec les Bourses européennes. Qui a mis fin au programme Erasmus pour les étudiants suisses. Qui veut exclure les chercheurs suisses de la recherche européenne. Etc, etc…

    Premièrement, dans ce titre, on y lit que seul le Rafale était recevable. Pas l’Eurofighter allemand. On se demande bien pourquoi. Serait-ce donc le fait que la plupart des journalistes de Suisse romande sont soit français soit franco-suisses ? La nationalité des intervenants pourrait-elle jouer un rôle ? Shaqiri et Xhaka (en principe membres de l’équipe suisse de football) auraient-ils fait ce geste nationaliste albanais dans un match contre la Serbie s’ils avaient été d’origine sud-américaine ? Permettez-moi d’en douter… On lit même dans l'article page 3 la déclaration d'une représentante de ce minuscule groupuscule sans importance, le GssA : "On n'a pas besoin d'un avion luxueux alors que cet argent pourrait être utilisé pour des soins Covid et pour la défense du climat". Oui, madame Schneider, mais il se trouve que le peuple suisse a accepté le crédit d'achat de ces avions...

    Durant l’émission Forum de ce soir, la parole est donnée à un député européen français sur le même sujet avec les arguments que vous imaginez aisément. Puis à un industriel suisse, qui remet les pendules à l’heure, bien heureusement. Ni l’Europe ni les USA ne sont nos amis. Les états n’en ont pas, ils ont des intérêts. La Suisse a choisi un avion de 5ème génération pour les années 2030 à 2070 et vous trouverez tous les arguments qui sous-tendent ce choix sur le blog de 24 heures de Pascal Kümmerling, toujours très bien renseigné. Mieux vaut un non-ami éloigné que juste voisin, à mon avis. Surtout si l’on se rend compte qu’en fait, toutes les mesures contre la Suisse que j’ai mentionnées ci-dessus proviennent précisément de ce pays producteur du Rafale. La France est très pro-européenne parce qu’elle veut la dominer. « L’Allemagne le cheval, la France le jockey » a dit De Gaulle…

    Mais il y a ce petit village gaulois (oui, les Helvètes étaient une tribu celte, donc en d’autres termes gauloise) qui résiste à l’Empire… Et on devrait acheter un nouvel avion à ce pays qui ne rêve que de nous mettre au pas ?

    Mais alors la question se pose : faut-il vraiment verser 178 millions de francs de subventions à une presse qui milite aussi fortement contre les intérêts de la Suisse ?

    Permettez-moi d’en douter…

  • Les humanitaires

    L’humanitaire se pose des questions sur la sécurité de son personnel lors d’un congrès à Caux … MSF Espagne vient de perdre des gens en Ethiopie, mais ce n’est pas la première fois. Cette organisation se démarque par le peu de considération de la vie de son personnel sur le terrain, l’essentiel étant d’être présent quand les autres évacuent. J’étais en Angola (à Huambo) lors des élections de 1992. Elles se sont déroulées dans un climat parfaitement respectueux, contrairement aux allégations des deux « experts suisses » requis par le Doutor (titre non mérité…) Savimbi. Mais le parti rebelle, l’UNITA, au service du Doutor, les a complétement récusées. J’étais seul, ayant repris pour le compte de la plus grande ONG suisse le programme eau & assainissement du CICR que j’avais dirigé en 1989-90. Face à une situation de plus en plus tendue, je suis allé consulter les autres ONG présentes. Le coordinateur MSF ne se faisait aucun souci, il en avait vu d’autres. Le Liban, Beyrouth…

    Dans la rue, croisant trois officiers UNITA, je me suis entendu dire « rentre à la maison …», sur un ton qui ne laissait pas de doute… Un ancien field-officer du CICR (il a été tué peu après…) est venu me dire que le dernier avion des NU partait le lendemain, sur le même ton. J’ai tout bradé, vidé les coffres et distribué ce qui restait à mes ouvriers. Et pris ce dernier avion pour Luanda, un Falcon pour moi tout seul…

    MSF est resté, jusqu’à ce que son logisticien, un jeune Belge que j’avais emmené à Bailundo pour lui montrer ce qu’il pourrait accomplir dans sa mission, ouvre la porte de sa maison en entendant du bruit dehors. C’était des soldats de l’UNITA qui venaient voler sa moto. Il n’a pas eu le temps de discuter, s’est pris quatre balles de Kalachnikov et en est mort plus tard, évacué sur Johannesburg. J’ai écrit à ses parents de ne pas en vouloir à MSF, mais j’ai eu tort. Il fallait évacuer, point barre.

    J’étais le seul à décider pour moi, je l’ai fait. Pascal André est mort…

    Plus tard, j’ai rencontré lors d’un cours de chef de projet un jeune qui voulait travailler pour le CICR comme infirmier. Il a fait sa formation, et a été engagé en Ouganda. Il en est revenu plutôt dégoûté. Il a bien vu qu’il est un peu facile pour un jeune (ou une jeune) chef de sous-délégation d’envoyer du personnel dans des zones ultra-dangereuses. Qu’est-ce qu’il risque, lui ou elle ?

    Est-il normal de mettre sa vie en jeu et surtout celle des autres à ce point au nom de l’humanitaire ? Pour moi, poser la question est y répondre. Mais les dirigeants humanitaires ont des objectifs de marketing très précis, qui ne correspondent pas aux critères normaux qui nous régissent. Est-il normal de faire le travail de passeurs de clandestins à la place des passeurs ? C’est pourtant bien ce que fait MSF. Et il y a des gens pour leur envoyer de l’argent ! Sans parler de nos « célébrités » « humanistes » qui voulaient que la Suisse octroie un pavillon CH à l’Aquarius. Et le droit international, il est à géométrie variable ?

    Il serait temps pour la société de se questionner sur l’humanitaire et ce qu’il y a derrière. La seule organisation qui a une réelle éthique en ce domaine reste malgré les critiques ci-dessus le CICR. Et on ne voit pas le CICR affréter des bateaux pour faire venir des clandestins en Europe…