Marc Bloch et Winston Churchill

Pascal Décaillet m’a fait découvrir « L’étrange défaite ». C’était très intéressant à lire du temps de la confusion amenée par la pandémie… Mais à propos de la WW II, la lecture des mémoires de Winston Churchill est autrement plus intéressante et d’une actualité encore bien plus grande et pénétrante. Sans commune mesure…

Après l’invasion de la Tchécoslovaquie par Hitler, Neville Chamberlain retourna sa veste de Munich. Voici ce qu’en dit W.C :

« Dans cette triste énumération d’erreurs commises par des hommes capables et bien intentionnés, nous atteignons maintenant le terme fatal. Le fait que nous ayons été jetés dans cette impasse expose les responsables, si honorables qu’aient été leurs mobiles, à la réprobation de l’histoire. Jetons un regard en arrière et voyons ce que nous avons successivement accepté ou abandonné : le désarmement de l’Allemagne par traité solennel et le réarmement de l’Allemagne en violation de ce même traité solennel ; l’abandon de la supériorité aérienne et ensuite de l’égalité ; la réoccupation de la Rhénanie par les forces armées et la construction de la ligne Siegfried ; la création de l’axe Berlin-Rome ; l’absorption et la digestion de l’Autriche par le Reich ; l’abandon et le dépeçage de la Tchécoslovaquie par les accords de Munich ; la ligne de fortifications tchécoslovaques aux mains des Allemands ; l’utilisation au bénéfice des armées allemandes des usines de munition Skoda ; le dédain avec lequel furent reçues, d’une part, les propositions du président Roosevelt pour stabiliser et régler la situation européenne et, d’autre part, l’incontestable bonne volonté de la Russie soviétique de se joindre aux puissances occidentales et de marcher à fond avec elles pour sauver la Tchécoslovaquie ; enfin la disparition des 35 divisions tchèques qui auraient pu tenir contre l’armée allemande encore mal préparée, alors que la Grande-Bretagne n’était pas en mesure d’envoyer plus de 2 divisions sur le front français…Le vent avait tout emporté.

Et maintenant que chacun de ces appuis ou de ces avantages a été repoussé ou gaspillé, la Grande-Bretagne, tenant la France par la main, s’avance pour offrir sa garantie à la Pologne qui, avec un appétit de hyène, pas plus de six mois auparavant, avait participé au partage et à la destruction de la Tchécoslovaquie. Combattre pour la Tchécoslovaquie en 1938, cela avait un sens lorsque l’armée allemande pouvait à peine aligner une demi-douzaine de divisions bien entraînées sur le front occidental, tandis que la France, avec près de 60 ou 70 divisions était en mesure de franchir rapidement le Rhin ou d’occuper la Ruhr. Mais une telle entreprise avait été jugée déraisonnable, téméraire et tout-à-fait indigne de la pensée et de la morale modernes. Et cependant, maintenant, les deux démocraties occidentales se déclaraient prêtes à mettre en jeu leur existence pour sauver l’intégrité de cette étrange république de Pologne. On peut fouiller dans tous ses recoins ce tableau des crimes, des folies et des misères du genre humain, qu’on appelle l’histoire, sans qu’il soit possible d’y trouver un équivalent à ce renversement soudain et total, par lequel une politique de facilité et d’apaisement propitiatoire, vieille de cinq ou six ans, se trouva transformée presque du jour au lendemain en une sorte d’empressement à accepter une guerre évidemment éminente, dans les plus mauvaises conditions et sur la plus vaste échelle possibles.

Au surplus, comment allions-nous pouvoir protéger la Pologne et rendre notre garantie effective ? En déclarant la guerre à l’Allemagne, en attaquant un mur occidental plus épais et une armée plus forte que ceux devant lesquels nous avions reculé en septembre 1938 ? Pas à pas, nous nous étions approchés de la catastrophe. Depuis l’époque de la facilité jusqu’à celle où les choses s’étaient aggravées, on pouvait dresser le catalogue de nos abandons devant la puissance toujours plus grande de l’Allemagne. Mais cette fois l’Angleterre et la France refusaient de se soumettre. C’était, au bout du compte, une décision prise au plus mauvais moment, sur le terrain le moins favorable, et qui devait sûrement provoquer le massacre de dizaines de millions d’hommes. La cause du droit, délibérément et avec un raffinement certain dans l’art de mal faire, se trouvait contrainte à une lutte mortelle, après qu’avaient été gaspillés tous les avantages de la supériorité matérielle. Si vous ne voulez pas combattre pour le droit lorsque vous pouvez vaincre aisément sans effusion de sang, si vous refusez encore de combattre quand la victoire s’avère certaine et pas trop coûteuse, alors vous en arrivez fatalement à vous battre avec toutes les chances contre vous et peu d’espoir de survivre. Mais on peut encore voir pire. Vous pouvez être forcé de combattre sans espoir de vaincre, parce  qu’il vaut mieux périr que de vivre dans l’esclavage. »

Commentaires

  • Lisez attentivement ce texte, chaque ligne compte...
    L'islam a remplacé le communisme et le nazisme dans les dangers qu'encourt l'Occident. Ceux qui persistent à croire que l'"islamisme" n'a rien à voir avec l'islam devraient se souvenir que les armées allemandes de 39-45 n'étaient pas constituées de nazis, mais de soldats allemands...
    En d'autres termes, plus on cède, plus on risque...

  • "L'islam a remplacé le communisme et le nazisme"


    Et le chinoisisme semble bien avoir remplacé le sovietisme et l'américanisme à Kaboul.

    https://strikesource.com/2021/10/02/report-taliban-leaders-are-meeting-at-the-chinese-embassy-in-afghanistan-daily/

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