Les humanitaires

L’humanitaire se pose des questions sur la sécurité de son personnel lors d’un congrès à Caux … MSF Espagne vient de perdre des gens en Ethiopie, mais ce n’est pas la première fois. Cette organisation se démarque par le peu de considération de la vie de son personnel sur le terrain, l’essentiel étant d’être présent quand les autres évacuent. J’étais en Angola (à Huambo) lors des élections de 1992. Elles se sont déroulées dans un climat parfaitement respectueux, contrairement aux allégations des deux « experts suisses » requis par le Doutor (titre non mérité…) Savimbi. Mais le parti rebelle, l’UNITA, au service du Doutor, les a complétement récusées. J’étais seul, ayant repris pour le compte de la plus grande ONG suisse le programme eau & assainissement du CICR que j’avais dirigé en 1989-90. Face à une situation de plus en plus tendue, je suis allé consulter les autres ONG présentes. Le coordinateur MSF ne se faisait aucun souci, il en avait vu d’autres. Le Liban, Beyrouth…

Dans la rue, croisant trois officiers UNITA, je me suis entendu dire « rentre à la maison …», sur un ton qui ne laissait pas de doute… Un ancien field-officer du CICR (il a été tué peu après…) est venu me dire que le dernier avion des NU partait le lendemain, sur le même ton. J’ai tout bradé, vidé les coffres et distribué ce qui restait à mes ouvriers. Et pris ce dernier avion pour Luanda, un Falcon pour moi tout seul…

MSF est resté, jusqu’à ce que son logisticien, un jeune Belge que j’avais emmené à Bailundo pour lui montrer ce qu’il pourrait accomplir dans sa mission, ouvre la porte de sa maison en entendant du bruit dehors. C’était des soldats de l’UNITA qui venaient voler sa moto. Il n’a pas eu le temps de discuter, s’est pris quatre balles de Kalachnikov et en est mort plus tard, évacué sur Johannesburg. J’ai écrit à ses parents de ne pas en vouloir à MSF, mais j’ai eu tort. Il fallait évacuer, point barre.

J’étais le seul à décider pour moi, je l’ai fait. Pascal André est mort…

Plus tard, j’ai rencontré lors d’un cours de chef de projet un jeune qui voulait travailler pour le CICR comme infirmier. Il a fait sa formation, et a été engagé en Ouganda. Il en est revenu plutôt dégoûté. Il a bien vu qu’il est un peu facile pour un jeune (ou une jeune) chef de sous-délégation d’envoyer du personnel dans des zones ultra-dangereuses. Qu’est-ce qu’il risque, lui ou elle ?

Est-il normal de mettre sa vie en jeu et surtout celle des autres à ce point au nom de l’humanitaire ? Pour moi, poser la question est y répondre. Mais les dirigeants humanitaires ont des objectifs de marketing très précis, qui ne correspondent pas aux critères normaux qui nous régissent. Est-il normal de faire le travail de passeurs de clandestins à la place des passeurs ? C’est pourtant bien ce que fait MSF. Et il y a des gens pour leur envoyer de l’argent ! Sans parler de nos « célébrités » « humanistes » qui voulaient que la Suisse octroie un pavillon CH à l’Aquarius. Et le droit international, il est à géométrie variable ?

Il serait temps pour la société de se questionner sur l’humanitaire et ce qu’il y a derrière. La seule organisation qui a une réelle éthique en ce domaine reste malgré les critiques ci-dessus le CICR. Et on ne voit pas le CICR affréter des bateaux pour faire venir des clandestins en Europe…

Commentaires

  • En économie, on appelle ce secteur d'activité le "charity business" (*).
    Situées entre la startup et le programme d'occupation pour chômeurs, les O.N.G. sont financées par des fonds publics et privés, tout en se disputant un marché de l'humanitaire de plus en plus concurrentiel, par les mêmes techniques de marketing que les produits de grande consommation ou la propagande politique.

    (*) https://fr.wikipedia.org/wiki/Charity-business

  • Parfaitement. Et pour ma part, je pense que leur business plan de faire traverser la Méditerranée aux "Nous y en a bons nèg'es, nous y en a vouloi' aller à la Mecque (à remplacer par "Europe", cf "Coke en stock") est une erreur magistrale de leur part. Ces "pauvres migrants" (en fait, les plus riches parmi les pauvres, essayez d'économiser l'équivalent de ce qu'ils ont dépensé : un million de francs à votre échelle) se doivent de rester chez eux et de faire prospérer leur pays. D'y faire la révolution si nécessaire. MSF non seulement se rend complice des pires mafias du monde : cette ONG fait le travail à leur place. Mais favorise l'appauvrissement de l'Afrique...
    Sauver des vies en mer ? L'action des ONG provoque un gigantesque appel d'air à la traversée quelles que soient les circonstances. Et donc provoquent toutes ces morts stupides.

  • Et si on revenait à l'idée de Coopération technique comme autrefois? On éliminerait bien toutes ces occasions qui font des larrons malsains.
    L'aide humanitaire était altruiste, créée par des gens altruistes et non carriéristes. Mais avec le temps et la disparition de ces fondateurs désintéressés, l'aide humanitaire se complait à se laisser détourner de ses buts premiers pour accompagner ses plus crapuleux nourriciers.

    Collaboration technique, coopération et assistance technique sur demande des intéressés qui devraient pouvoir rester souverains...
    Aujourd'hui, l'Aide Humanitaire accompagne ceux qui veulent faire le bien des autres malgré eux: Une certaine démocratie (comme la nôtre?) avant la survie. Ou bien l'échange de la démocratie contre la survie? C'est une domestication qui représente un vrai dilemme pour la conscience humaine des deux communautés.

    L'expérience m'a appris une chose: plus on a faim au ventre , plus on a faim de souveraineté (de dignité) . La charité est un menu indigeste pour tout le corps physique et spirituel,, parce que la Charité est un concept limité et fermé, Aussi insaisissable à la perception qu'un fantôme, fugace, éphémère, illusoire et dérisoire, on sait la charité exclusive et impuissante avec le temps et les grands espaces.

  • Marlène Dupraz@ J'ai écrit il y a peu un billet dont l'essentiel était : lisez ou relisez Axelle Kabou et Stephen Smith. Ils vous parleront très bien de la coopération. Rabbit a mentionné Dambisa Moyo avec raison:
    https://www.cairn.info/revue-afrique-contemporaine-2009-4-page-209.htm
    Mais pour une fois, j'ai bien aimé votre intervention...

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